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Blessures d’âme : des repères pour comprendre ce qui se réveille en nous

10 sept.
7 min de lecture

Rejet.

Abandon.

Humiliation.

Trahison.

Injustice.


Lorsque j’ai découvert cette manière de lire nos blessures intérieures, elle m’a beaucoup aidée.


Mettre un mot sur certains fonctionnements permet parfois de comprendre soudain pourquoi une situation nous atteint autant, pourquoi nous réagissons toujours de la même manière ou pourquoi certaines relations viennent toucher des endroits particulièrement sensibles en nous.


Avec les années, ma façon de regarder ces blessures a pourtant évolué.


Je ne les considère plus comme des cases dans lesquelles nous pourrions nous enfermer :


J'ai peur d'être abandonnée.

Ma blessure principale est le rejet.

Si je réagis ainsi, c’est forcément à cause de ma blessure de trahison.


Nous sommes beaucoup plus complexes que cela.


Je préfère aujourd’hui considérer ces cinq blessures comme des repères possibles pour comprendre ce qui se réveille en nous à certains moments de notre vie.


Une même personne peut se sentir rejetée dans une situation, abandonnée dans une autre, profondément touchée par une injustice ailleurs.


Et surtout, derrière le mot « blessure », il y a toujours une expérience très concrète : un corps qui se serre, une émotion qui monte, une pensée qui s’emballe, une manière de se protéger, un besoin qui devient plus difficile à entendre.


C’est cela que nous pouvons apprendre à reconnaître.


Une blessure n’est pas une identité

Lorsque quelque chose nous a fait souffrir, nous avons souvent trouvé une manière de nous adapter.

Nous nous sommes retirés.

Nous avons cherché à être irréprochables.

Nous nous sommes accrochés davantage aux autres.

Nous avons appris à contrôler.

À nous faire petits.

À ne rien demander.

À tout prendre en charge.


Ces mouvements ont parfois été utiles.


Ils nous ont permis de traverser une période, de maintenir un lien, de nous sentir un peu plus en sécurité. Mais ils peuvent continuer à se déclencher bien après que la situation a changé.


C’est là que la notion de blessure peut devenir intéressante. Non pas pour expliquer toute notre personnalité. Mais pour reconnaître :

« Lorsque je me sens menacée de cette manière-là, voilà ce que j’ai tendance à faire. »


Et à partir de là, quelque chose devient possible.


Quand le rejet se réveille

Le rejet touche à quelque chose de très profond : ai-je le droit d’être là ?


Une remarque, une absence de réponse, le sentiment de ne pas être choisi ou de ne pas intéresser quelqu’un peuvent parfois réveiller une réaction beaucoup plus forte que la situation elle-même.


Nous pouvons alors avoir envie de nous retirer.

De disparaître.

De ne plus demander.


Ou penser très vite : Je dérange. Je suis de trop. On ne veut pas de moi.


Dans ces moments-là, il peut être utile de ne pas chercher immédiatement à savoir si ces pensées sont vraies.

D’abord, revenir à ce qui se passe.

Sentir le corps.

Reconnaître la contraction.

Et peut-être se rappeler doucement :

je peux rester avec moi, même lorsque je ne me sens pas accueillie par l’autre.


Quand l’abandon se réveille

L’abandon apparaît souvent lorsque le lien semble menacé.

Quelqu’un s’éloigne.

Répond moins.

Est moins disponible.

Une relation change.

Et quelque chose en nous peut immédiatement perdre ses repères.


Nous cherchons alors parfois à nous rapprocher encore davantage, à être rassurés, à comprendre ce qui se passe.

Le mental se met à anticiper : Il va partir. Elle ne m’aime plus. Je vais me retrouver seule.


Le besoin de l’autre devient tellement fort que nous pouvons perdre momentanément le contact avec nous-mêmes.

Le travail n’est pas de nous convaincre que nous n’avons besoin de personne. Nous avons besoin de liens.

Mais nous pouvons progressivement découvrir que l’absence momentanée de l’autre ne signifie pas nécessairement notre propre disparition.


Je peux ressentir le manque et continuer à m’habiter.


Quand l’humiliation se réveille

Certaines situations réveillent très vite la honte. Nous avons l’impression d’avoir mal fait. D’avoir pris trop de place.

D’avoir été ridicule. D’avoir déçu.


Et quelquefois, nous cherchons immédiatement à réparer, à nous excuser, à nous faire plus petits.


La culpabilité peut également prendre énormément de place.


Je n’aurais pas dû. J’aurais dû faire autrement. Qu’est-ce qu’ils vont penser de moi ?


Il peut être précieux alors de revenir à une question très simple :

Est-ce que j’ai réellement fait quelque chose qui demande réparation, ou est-ce que je suis en train de me condamner ?


Nous pouvons reconnaître une erreur sans nous humilier intérieurement. Nous pouvons nous ajuster sans nous maltraiter.


Quand la trahison se réveille

Lorsque la confiance a été profondément abîmée, nous pouvons chercher à ne plus être surpris.


Nous voulons savoir.

Comprendre.

Anticiper.

Contrôler.

Nous pouvons devenir très vigilants aux changements chez l’autre, à une parole inhabituelle, à quelque chose qui nous échappe.


Cette vigilance cherche souvent à nous éviter de revivre une douleur. Mais elle peut finir par nous épuiser. Parce que nous ne pouvons jamais tout contrôler.


Là encore, il ne s’agit pas de devenir naïfs ou de faire confiance à tout le monde. Il s’agit plutôt de développer une autre sécurité : celle de savoir que, même si quelque chose nous échappe, nous pourrons nous écouter, poser une limite et agir si cela devient nécessaire.


La sécurité ne vient plus seulement du contrôle de l’autre. Elle revient aussi vers nous.


Quand l’injustice se réveille

L’injustice peut nous confronter à quelque chose de particulièrement difficile : la réalité ne correspond pas à ce qui devrait être.


Ce n’est pas normal.

Ce n’est pas juste.

Ce n’est pas comme cela que cela aurait dû se passer.


Et parfois, c’est vrai. Une situation peut réellement être injuste.


Mais lorsque nous ne pouvons pas la modifier, le mental peut continuer à lutter longtemps contre ce qui a déjà eu lieu. Nous devenons plus rigides. Plus exigeants avec nous-mêmes ou avec les autres.


Nous cherchons à remettre de l’ordre dans quelque chose qui nous semble profondément désordonné.


Reconnaître ce mouvement ne signifie pas accepter l’inacceptable.


Cela peut simplement permettre de distinguer :

ce que je peux encore changer, et ce qui a besoin maintenant d’être traversé autrement.


Ce qui compte n’est pas tellement le nom de la blessure

Nous pouvons nous reconnaître dans plusieurs de ces descriptions.

Ou dans aucune.

Ce n’est pas grave.


L’intérêt n’est pas de trouver enfin la bonne blessure.


Ce qui m’intéresse davantage aujourd’hui, c’est de regarder le mouvement qui se produit :

Qu’est-ce qui vient de se passer ?

Qu’est-ce que cela fait dans mon corps ?

Quelle émotion apparaît ?

Qu’est-ce que mon mental commence à raconter ?

Qu’ai-je envie de faire pour me protéger ?


Et surtout :

de quoi ai-je besoin maintenant ?


Nous quittons alors progressivement l’étiquette pour revenir à l’expérience.

Et c’est souvent beaucoup plus utile.


Une ancienne blessure peut être réveillée par une situation présente

Il nous arrive de nous dire : Je ne comprends pas pourquoi je réagis aussi fortement.


Et justement, la disproportion peut parfois nous renseigner.


Quelque chose qui se passe aujourd’hui vient rencontrer quelque chose de déjà sensible.


Cela peut appartenir à notre enfance, à une ancienne relation, à une période de notre vie où nous avons manqué de sécurité ou simplement à plusieurs expériences qui se sont accumulées.


Nous n’avons pas toujours besoin de retrouver l’événement d’origine.


C’est un changement important dans ma manière de travailler.

Comprendre d’où vient quelque chose peut être éclairant.

Mais nous pouvons aussi passer énormément de temps à chercher la première cause.


Or ce qui demande notre attention est parfois beaucoup plus proche :

ce qui se passe en nous maintenant.


La méditation peut-elle nous aider avec nos blessures ?

Oui, mais peut-être pas de la manière dont je l’imaginais autrefois.


J’avais envisagé de créer des parcours de méditation spécifiques pour chacune de ces cinq blessures. Je ne le ferais probablement plus aujourd’hui. Parce qu’une méditation n’a pas nécessairement à nous conduire profondément dans notre passé ou à nous faire revisiter seuls ce qui nous a blessés.


Elle peut faire quelque chose de beaucoup plus simple et parfois beaucoup plus précieux. Elle peut nous aider à :


revenir au corps lorsque le mental s’emballe ;

reconnaître une émotion sans être immédiatement emporté par elle ;

retrouver des points d’appui lorsque nous nous sentons déstabilisés ;

mettre un peu de douceur là où nous avons tendance à nous juger ;

retrouver notre place lorsque nous nous perdons dans une relation ;

sentir ce dont nous avons besoin aujourd’hui.


La méditation ne consiste donc pas forcément à retourner dans la blessure.

Elle peut nous aider à soutenir la personne que nous sommes maintenant lorsqu’une ancienne sensibilité se réveille.


Nous n’avons pas toujours besoin d’aller fouiller

C’est peut-être l’une des choses que j’ai le plus apprises avec le temps.

Nous pouvons croire que pour aller mieux, il faut forcément retrouver, comprendre, analyser, revisiter.

Parfois oui.

Mais pas toujours.


Quelquefois, notre corps a surtout besoin de découvrir une expérience différente.

Sentir qu’il peut se détendre.

Qu’il peut respirer.

Qu’il existe un espace autour de lui.

Que nous pouvons rester là sans nous abandonner nous-mêmes.

Que nous pouvons dire non.

Que nous pouvons ressentir une émotion sans qu’elle prenne toute la place.

Que quelque chose est différent aujourd’hui.

Cela aussi transforme.

Peut-être même plus profondément que certaines explications.


Ce qui nous protège peut aussi évoluer

Nos manières de nous protéger ne sont pas des ennemies.


Si je me suis retirée pour ne pas être rejetée, si j’ai contrôlé pour ne pas être trahie, si je me suis rendue indispensable par peur d’être abandonnée, ces fonctionnements ont probablement eu un sens.


Les combattre violemment reviendrait presque à créer une nouvelle lutte en nous.


Nous pouvons plutôt commencer à les reconnaître.

Ah, voilà ce que je fais lorsque j’ai peur.


Puis vérifier : Est-ce encore nécessaire maintenant ?


Parfois oui.

Parfois non.

Et petit à petit, nous pouvons découvrir d’autres façons de prendre soin de nous.


De la blessure à la ressource

Je ne crois pas que notre vie consiste à parvenir un jour à un état dans lequel plus rien ne nous touche. Nous resterons sensibles. Certaines situations réveilleront encore quelque chose.


La différence est peut-être ailleurs.


Je peux reconnaître plus vite ce qui se passe.

Je peux arrêter de croire immédiatement toutes les pensées que cela déclenche.

Je peux revenir vers moi.

Je peux demander.

Poser une limite.

Me protéger.

Attendre avant de réagir.

Choisir.


Et ce qui autrefois décidait presque automatiquement de mon comportement devient peu à peu une information parmi d’autres.


C’est peut-être cela, finalement, prendre soin de nos blessures. Non pas les effacer. Mais faire en sorte qu’elles n’aient plus besoin de conduire notre vie à notre place.


Pour aller plus loin

Selon ce qui se réveille en toi, tu peux choisir une porte d’entrée différente.


Si l’émotion prend beaucoup de place, tu peux explorer les Méditations pour accueillir et comprendre ses émotions.


Si tu remarques surtout beaucoup de jugement, de culpabilité ou de dureté envers toi, les Méditations pour se réconcilier avec soi peuvent t’accompagner.


Si c’est particulièrement dans tes liens avec les autres que ces sensibilités apparaissent, tu peux aller vers les Méditations pour mieux vivre ses relations.


Et lorsque tu te sens déstabilisé·e ou que tu as besoin de retrouver une base, commence simplement par les Méditations pour s’ancrer et retrouver sa stabilité.





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