Quand une part de nous veut avancer et qu’une autre freine
Il nous arrive de vouloir quelque chose très sincèrement :
Changer de travail.
Gagner davantage d’argent.
Prendre davantage notre place.
Rencontrer quelqu’un.
Être plus libre.
Oser montrer ce que nous faisons.
Et pourtant, quelque chose résiste.
Nous remettons à plus tard .Nous hésitons .Nous avançons puis reculons. Nous avons soudain mille bonnes raisons de ne pas y aller.
Alors nous pouvons nous accuser de manquer de volonté, de confiance ou de courage. Mais ce n’est pas toujours cela.
Parfois, une part de nous veut réellement avancer tandis qu’une autre redoute ce qui pourrait arriver si nous obtenions précisément ce que nous voulons.
Et cette contradiction intérieure mérite d’être écoutée.
Je veux… mais qu’est-ce que cela implique pour moi ?
Prenons un exemple simple.
Je veux davantage de réussite professionnelle.
Cette envie peut être parfaitement sincère.
Mais lorsque j’imagine concrètement cette réussite, d’autres pensées peuvent apparaître :
Je vais avoir davantage de responsabilités.
On va davantage me regarder.
Je risque de décevoir.
Je n’aurai plus autant de temps pour moi.
Et si je réussis et que je ne suis finalement pas à la hauteur ?
Le problème n’est donc pas forcément que je ne veux pas réussir.
Je peux vouloir réussir et avoir peur de ce que la réussite changerait dans ma vie.
Les deux existent en même temps.
Et tant que je ne regarde que mon désir — je veux réussir — sans écouter ce que cette perspective fait aussi apparaître en moi, je risque de ne pas comprendre pourquoi je reste bloquée.
Le corps montre parfois la contradiction avant le mental
C’est là que le corps devient intéressant. Je pense à quelque chose que je désire et, au lieu de sentir uniquement de l’enthousiasme, quelque chose se contracte.
Ma respiration change.
Mon ventre se serre.
Je sens un poids dans la poitrine.
Ou simplement une hésitation que je ne m’explique pas.
Cela ne signifie pas nécessairement : « Ce projet n’est pas bon pour moi. » Mais cela mérite que je m’arrête. Parce que derrière une envie peuvent coexister plusieurs mouvements.
J’en ai envie.
Et :
J’ai peur.
Je veux avancer.
Et :
Je ne suis pas certaine de pouvoir assumer ce que cela va changer.
Plutôt que de chercher immédiatement à éliminer cette peur, je peux commencer par l’écouter.
Parfois, ce que nous voulons est construit contre quelque chose
Il existe une autre forme de conflit intérieur que je trouve particulièrement intéressante.
Je peux vouloir devenir quelqu’un de très généreux parce que je ne supporte surtout pas l’idée d’être égoïste.
Je peux chercher constamment à être irréprochable parce que j’ai peur d’être quelqu’un de mauvais.
Je peux vouloir toujours être forte parce que je ne m’autorise pas à être vulnérable.
Je peux vouloir être compétente parce que l’idée de ne pas être à la hauteur m’est insupportable.
Dans ce cas, mon désir ne vient pas uniquement d’un élan vers quelque chose. Il est aussi organisé autour de quelque chose que je cherche à éviter. Et cela change profondément la manière dont je vis.
Car il y a une différence entre :
« J’aime être généreuse. »
et :
« Il faut absolument que je sois généreuse parce que je ne supporterais pas d’être égoïste. »
Dans le premier cas, il y a un choix.
Dans le second, il y a une obligation intérieure.
Les qualités peuvent elles aussi devenir des prisons
C’est quelque chose que nous remarquons moins facilement. Nous pensons souvent que seules nos difficultés nous enferment. Mais une qualité peut elle aussi devenir rigide lorsqu’elle est construite contre son contraire.
Je dois être : gentille, forte, disponible, courageuse, honnête, généreuse, compétente, calme…
Et peu à peu, je ne suis plus libre de ne pas l’être.
Une personne généreuse peut parfois avoir besoin de penser à elle.
Une personne forte peut traverser une période où elle a besoin d’aide.
Une personne disponible peut dire non.
Une personne calme peut être profondément en colère.
Une personne compétente peut ne pas savoir.
Cela ne supprime pas la qualité.
Au contraire.
Lorsque je n’ai plus besoin de rejeter absolument son contraire, ma qualité devient souvent beaucoup plus libre.
Je peux être généreuse sans avoir peur de prendre ma part.
Forte sans m’interdire ma vulnérabilité.
Disponible sans être disponible pour tout le monde.
Une question très simple pour voir plus clair
Lorsque quelque chose compte beaucoup pour moi, je peux essayer cette phrase :
Je veux… parce que je ne veux surtout pas…
Et regarder ce qui apparaît.
Je veux être reconnue parce que je ne veux surtout pas être insignifiante.
Je veux être indépendante parce que je ne veux surtout pas dépendre de quelqu’un.
Je veux être parfaite parce que je ne veux surtout pas décevoir.
Je veux être utile parce que je ne veux surtout pas ne servir à rien.
Je veux tout maîtriser parce que je ne veux surtout pas me sentir impuissante.
Toutes les phrases ne révéleront pas quelque chose. Mais certaines peuvent soudain éclairer un fonctionnement que nous n’avions jamais vraiment vu.
Il ne s’agit pas alors de conclure : « Ah, voilà mon problème. »
Encore moins de nous juger.
Simplement de reconnaître :
« Il y a aussi cela en moi. »
Écouter la peur ne signifie pas lui obéir
C’est une distinction importante.
Si je découvre que réussir me fait peur, je ne suis pas obligée de renoncer à réussir.
Si prendre ma place réveille de l’inquiétude, cela ne signifie pas que je dois rester en retrait.
La peur n’est pas nécessairement une direction. Elle peut simplement nous montrer ce que le changement vient toucher.
Alors, plutôt que de lui dire :
« Tais-toi, il faut avancer. »
je peux lui demander :
« Qu’est-ce qui te fait peur dans ce qui pourrait arriver ? »
Peut-être qu’elle a besoin de sécurité.
De temps.
D’un cadre.
De savoir que je pourrai dire non.
De comprendre que je ne suis plus dans la situation ancienne qui l’a fait naître.
Et quelquefois, le simple fait d’entendre ce qu’elle cherche à protéger suffit déjà à rendre le mouvement plus possible.
Vouloir quelque chose ne suffit pas toujours
Nous avons beaucoup entendu qu’il suffisait de savoir clairement ce que nous voulions. Je crois aujourd’hui que c’est plus subtil.
Nous pouvons avoir une direction très claire et rester pourtant immobiles. Parce que le mental ne porte pas qu’un seul message. Le corps non plus.
Il peut y avoir de l’élan et de la peur.
De l’envie et de la prudence.
Une part qui dit oui et une autre qui n’est pas encore prête.
Chercher à faire taire immédiatement l’une des deux crée souvent davantage de lutte.
Les écouter toutes les deux permet parfois de comprendre ce dont nous avons réellement besoin pour avancer.
Et si je ne cherchais plus à supprimer l’opposé ?
C’est probablement ce que je garderais aujourd’hui de ce que j’appelais autrefois « la loi des opposés ». Non pas une loi mystérieuse selon laquelle l’univers nous renverrait ce que nous craignons.
Mais une observation beaucoup plus simple :
lorsque je construis toute une partie de ma vie pour ne surtout pas rencontrer quelque chose, cette chose continue à exercer beaucoup de pouvoir sur moi.
Si je dois absolument être forte pour ne jamais être faible, ma peur de la faiblesse dirige encore une partie de ma vie.
Si je dois être parfaite pour ne jamais échouer, l’échec reste au centre.
Si je dois constamment être aimée pour ne jamais me sentir rejetée, la peur du rejet continue à organiser mes choix.
Je peux alors essayer autre chose.
Non pas vouloir être faible, échouer ou être rejetée. Mais reconnaître que je pourrais parfois être vulnérable, me tromper, déplaire ou ne pas être choisie…
et continuer pourtant à être moi.
Quelque chose se détend alors.
Parce que ma vie n’a plus besoin d’être entièrement construite pour éviter ce que je redoute.
Une direction plus libre
Finalement, la question qui m’intéresse aujourd’hui n’est plus tellement :
« Comment obtenir ce que je veux ? »
Mais plutôt :
« Est-ce que ce que je veux vient réellement d’un élan, ou est-ce que je suis surtout en train de fuir quelque chose ? »
Et parfois :
« Si je n’avais plus aussi peur du contraire, est-ce que je choisirais encore la même chose ? »
La réponse peut être oui.
Et alors notre direction devient plus claire.
Mais parfois, nous découvrons que nous poursuivions quelque chose depuis longtemps sans savoir exactement pourquoi. C’est là que le discernement commence. Non pas en supprimant nos contradictions. Mais en les écoutant suffisamment pour pouvoir choisir avec un peu plus de liberté.
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