Protection énergétique : s’enraciner, s’habiter et laisser le cœur rayonner
Certaines personnes me disent :
« Je suis une éponge. »
« Je ressens tout ce que vivent les autres. »
« Après certaines rencontres, je suis épuisée. »
« Dès que quelqu’un va mal, je finis par aller mal moi aussi. »
Pendant longtemps, lorsque nous parlions de protection énergétique, nous avons surtout cherché à créer quelque chose autour de nous.
Une bulle.
Une enveloppe.
Une lumière protectrice.
Une barrière entre nous et ce qui nous entoure.
Ces pratiques peuvent parfois aider, ne serait-ce que parce qu’elles nous permettent de retrouver la sensation de notre espace. Mais ma compréhension de la protection énergétique a beaucoup évolué.
Aujourd’hui, je ne cherche plus tellement à construire un rempart.
Je reviens plutôt à trois choses très simples : m’enraciner, m’habiter, rayonner.
Parce que plus je suis présente à moi-même, moins je me laisse emporter par ce qui ne m’appartient pas.
Se protéger ne veut pas forcément dire se fermer
C’est un point important.
Lorsque nous sommes très sensibles, nous pouvons finir par penser que la solution consiste à moins ressentir. À nous couper. À nous entourer d’une protection tellement solide que plus rien ne pourrait nous atteindre.
Mais nous risquons alors de ne plus seulement nous protéger de ce qui nous dérange. Nous nous protégeons aussi du lien. De la proximité. De l’amour. De ce qui pourrait nous nourrir.
Je pense à cette femme dont je parle dans mon travail sur la communication énergétique. Elle avait construit autour d’elle une protection très forte. Elle ne voulait pas que les autres puissent pénétrer dans son espace.
Cette protection avait certainement eu une utilité. Mais elle était devenue si efficace qu’elle ne ressentait plus non plus l’amour de son mari ni celui de ses enfants.
C’est là toute la difficulté.
Comment rester ouvert sans être envahi ?
Pour moi, la réponse n’est plus tellement dans la construction de murs. Elle est dans la qualité de notre présence.
Premier appui : l’enracinement
J’aime beaucoup l’image électrique de la prise de terre. Une installation électrique correctement reliée à la terre peut évacuer ce qui doit l’être au lieu de tout conserver dans le circuit.
Je retrouve quelque chose de cette sensation dans l’enracinement.
Lorsque je suis très dans ma tête, très attentive à l’autre, dispersée ou inquiète, j’ai parfois l’impression que toute mon énergie est remontée vers le haut. Je ne sens presque plus mes jambes. Je ne sens plus vraiment mon bassin. Je suis là… sans être complètement là.
L’enracinement consiste alors à retrouver le bas du corps.
Les pieds.
Les jambes.
Le bassin.
Le poids.
La gravité.
La terre qui me porte.
Je ne cherche pas nécessairement à imaginer de grandes racines extraordinaires.
Je peux simplement sentir : mes pieds touchent le sol. Mon corps a un poids. Il occupe une place précise. Je peux respirer jusque dans mon bassin. Je peux me laisser porter un peu davantage. Quelque chose se rassemble.
Et lorsque je retrouve cette base, je suis généralement moins facilement entraînée dans ce qui se passe autour de moi. Non parce que je ne ressens plus. Mais parce que je ne quitte plus aussi facilement mon propre centre de gravité.
Deuxième appui : être vraiment là
C’est probablement devenu pour moi le point essentiel.
Habiter son corps.
Nous pouvons être physiquement présents quelque part tout en étant presque entièrement ailleurs. Dans ce que pense l’autre. Dans ce qu’il attend de nous. Dans ce que nous devons faire pour qu’il aille mieux. Dans notre peur de déplaire. Dans l’anticipation de ce qui pourrait arriver.
Plus mon attention part vers l’extérieur, moins je sens parfois ce qui se passe chez moi.
C’est souvent là que les personnes très sensibles commencent à dire : « Je ne sais plus ce qui est à moi et ce qui appartient à l’autre. »
Alors je reviens à quelque chose de très simple :
Je suis là.
Je sens mon corps.
Je sens ma respiration.
Je sens mon dos.
Mon bassin.
Mes limites corporelles.
L’espace que j’occupe.
Je n’ai pas besoin de repousser l’autre.
Je n’ai pas besoin non plus de savoir exactement ce qu’il ressent.
Je reviens simplement à ma propre présence.
Et j’aime cette idée : si j’habite réellement ma maison, il est beaucoup plus difficile d’y entrer sans que je m’en aperçoive. Pas parce que les portes sont barricadées. Parce que je suis là.
Se protéger, c’est aussi sentir ses limites
La protection énergétique ne peut pas être séparée de nos limites relationnelles.
Nous pouvons faire toutes les méditations de protection du monde et continuer à dire oui lorsque nous voulons dire non.
Continuer à écouter pendant deux heures quelqu’un, alors que notre corps nous demande d’arrêter.
Continuer à nous rendre disponibles lorsque nous sommes épuisés.
Continuer à prendre en charge ce qui appartient aux autres.
Parfois, le geste de protection le plus énergétique qui soit consiste simplement à dire :
« Là, je ne peux pas. »
Ou :
« J’ai besoin de rentrer. »
Ou encore :
« Cela ne me convient pas. »
Le corps nous donne souvent l’information avant que nous osions la formuler : la respiration se raccourcit. Le ventre se contracte. Nous reculons légèrement. Nous commençons à nous sentir fatigués.
Ces sensations ne disent pas nécessairement toute la vérité sur l’autre. Mais elles nous renseignent sur ce qui est en train de se passer en nous.
Et cela mérite d’être écouté.
Troisième appui : le cœur rayonnant
Il y a une autre manière de se protéger que j’utilise beaucoup dans mon travail : le rayonnement du cœur.
Là encore, ma compréhension a changé. Je ne demande pas au cœur de transformer une énergie « négative » en énergie « positive ». Je ne lui demande pas non plus de sauver l’autre.
Je reviens simplement à cette zone du cœur et à ce qu’elle peut représenter pour moi :
une présence ouverte,
une qualité d’accueil,
une chaleur,
une capacité à rester en lien sans me perdre.
Je peux sentir ou imaginer que quelque chose rayonne doucement depuis le centre de ma poitrine. Pas vers quelqu’un en particulier. Pas pour agir sur lui.
Simplement parce que je suis là et que quelque chose en moi reste ouvert.
Le mouvement devient très différent de celui où je pars chercher l’autre énergétiquement.
Je ne vais pas vers lui. Je rayonne depuis moi.
Cela paraît presque identique.
Énergétiquement, pour moi, c’est très différent.
Dans un cas, mon attention peut quitter mon corps pour rejoindre l’autre.
Dans l’autre, je reste chez moi.
Et le lien peut exister malgré tout.
Je peux ressentir l’autre sans vivre ce qu’il vit
C’est une distinction fondamentale pour les personnes très empathiques.
Ressentir que quelqu’un est triste ne m’oblige pas à devenir triste.
Percevoir son angoisse ne signifie pas que je dois la prendre dans mon propre corps.
Aimer quelqu’un qui souffre ne m’oblige pas à souffrir avec lui.
Nous confondons parfois empathie et fusion.
Comme si aimer consistait à rejoindre l’autre exactement là où il se trouve.
Mais je peux aussi rester stable. Présente. Disponible.
Et peut-être que cette stabilité lui sera finalement beaucoup plus utile.
Je peux intérieurement reconnaître : « Je sens que tu vas mal. »
Et en même temps : « Je reste ici, en moi. »
Cela n’enlève rien à l’amour. Au contraire. Le lien devient souvent plus clair.
Et les bulles de protection ?
Je ne les bannis pas.
Il peut arriver qu’une visualisation de protection aide quelqu’un à retrouver la sensation de ses limites.
Imaginer une enveloppe autour de soi peut permettre au corps de comprendre :
« J’ai un dedans et un dehors. »
Et cela peut être précieux.
Mais je ne voudrais plus que cette bulle devienne : « Le monde extérieur est dangereux et je dois continuellement m’en protéger. »
Je préfère la voir comme un apprentissage temporaire de notre espace.
Puis, progressivement, nous pouvons peut-être avoir moins besoin de la visualiser. Parce que nous sentons davantage naturellement :
où nous commençons,
où nous finissons,
ce qui nous appartient,
et ce que nous n’avons pas à porter.
Une pratique très simple
Lorsque tu te sens envahi·e, fatigué·e par une présence ou trop absorbé·e par ce que vit quelqu’un, tu peux essayer trois mouvements.
Reviens vers le bas.
Sens tes pieds, tes jambes, ton bassin. Laisse ton poids descendre.
Reviens chez toi.
Sens ton corps de l’intérieur. Ta respiration. Ton dos. L’espace que tu occupes.
Tu peux simplement te dire :
Je suis là.
Puis reviens au cœur.
Non pour envoyer quelque chose.
Simplement pour sentir que tu peux rester ouverte tout en restant pleinement présente à toi.
Et observe.
Peut-être que rien d’extraordinaire ne se produit.
Mais parfois, quelque chose se remet très simplement à sa place.
La meilleure protection n’est peut-être pas une armure
Pendant longtemps, j’ai beaucoup travaillé sur la manière de protéger notre énergie.
Aujourd’hui, je pourrais presque le formuler autrement.
Je cherche surtout à aider une personne à retrouver suffisamment sa propre présence pour ne plus avoir besoin de se défendre en permanence contre ce qui l’entoure.
Être enracinée.
Habiter son corps.
Sentir ses limites.
Pouvoir dire non.
Rester dans son espace lorsque l’autre traverse quelque chose.
Garder le cœur ouvert sans partir avec lui.
C’est une protection beaucoup moins spectaculaire qu’une armure de lumière. Mais elle me paraît aussi beaucoup plus profonde.
Parce qu’elle ne dit pas : « Rien ne doit m’atteindre. »
Elle dit plutôt : « Je peux rester moi, même lorsque je suis en relation avec ce qui m’entoure. »
Et pour moi, aujourd’hui, c’est peut-être cela, l’essentiel de la protection énergétique.
Pour aller plus loin
J’explore cette manière d’être en relation — sentir l’autre sans se perdre, rester dans son espace, s’enraciner et laisser le cœur rayonner — dans mon livre L’Art de la communication énergétique, paru aux éditions Eyrolles.
Tu peux également pratiquer avec la méditation L’Art de la protection bienveillante. Ou encore suivre le parcours de méditation "Clarifier et protéger son énergie"
Et selon ce dont tu as besoin, tu peux explorer les Méditations pour s’ancrer et retrouver sa stabilité ou les Méditations pour mieux vivre ses relations.




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